SMATI ASSAN



CARRAMIDE
Palettes 10 x 10 x 9 m
1998
Né en 1972 à Saint-Chamond (France).
Vit et travaille à Saint-Etienne
DNSEP ART Saint-Étienne, Directeur J.Bonnaval
1999-2004 Professeur d’enseignement artistique, Ecole des beaux-arts de Saint-Étienne

EXPOSITIONS
2007
Berlin
Saint-Etienne Galerie B.Ceysson
Thessalonique Biennale d'Art Contemporain
Dudelange (L) Centre d'art Nei Licht - première exposition personnelle
Vienne SpaceInvasion
Paris Galerie InSitu Fabienne Leclerc
Berlin Art Project
Berlin Show Room
Bourges Transpalettes
2006
Luxembourg "my home is my castle" Dexia Banque Internationale
Saint-Etienne Galerie Bernard Ceysson
Villeurbanne Urdela Vendanges tardives
Berlin Maison de France
Basel la List
2005
Saint-Etienne Université Jean Monet
2004
Rwanda Kigali Centre culturel Franco Rwandais
Saint-Étienne Atelier bd valbenoite.
2003
Firminy Espace le Corbusier
Gabon Libreville Ministère de la culture
2002
Saint-Étienne Biennale internationale de design
2001
Saint-Étienne rue Neyron
2000
Saint-Étienne Biennale internationale de design
Saint-Étienne 9bis
Turin via Borga Dora
Lyon avenue des Frères Lumière
1999
Saint-Étienne rue Rouget de l’Isle
Paris Galerie Monteney Giroux
1998
Saint-Étienne Biennale internationale de design
1997
Paris Galerie d’Aréa



1IÈRE EXPOSITION PERSONNELLE
L’art n’est-il qu’un débordement de tous bords?
La réalité n’affiche-t-elle qu’un bipolarisme éternel,
un frottement entre objets antagonistes? / Le dessin
ne fait-il que déborder à l’infini les bords imaginaires
de la page? / Sommes-nous tous à bord d’une navette
fantôme qui nous conduit aux confins d’un livre à jamais
fragmentaire? / Sommes-nous toujours dépassés par
les événements? / Notre regard a-t-il perdu son acuité
à force de friser le réel sans jamais le voir? / Est-ce la
bordure, de prime abord, qui se tourne vers ses propres
limites? La transformation des choses - bordel ! / Assan
Smati ou l’interrogation débordante.
Un cheval bleu sans cavalier, là, comme en un songe, exulte de la couleur de mes rêves. En sa présence scellée dans son immobilité se condense toute l’histoire de l’art : l’épopée du Cavalier bleu, la légende animalière de Franz Marc, Yves Klein et ses morceaux tangibles du ciel. Mais aussi l’histoire des hommes bleus surgis du désert, d’une Méditerranée d’où s’élève, porté jusqu’au rivage par l’écume d’une vague sucrée et amère, un cheval apollinien ; Pégase inspirateur révélant en nous un Bellérophon tueur de chimère, de monstres caprins et reptiliens – ces peuples de cauchemars dévorant la raison et niant midi le juste. Toute la peinture peut galoper avec ce cheval familier. Mais c’est la sculpture qui en fortifie la course et en règle le défilement. Ce cheval si matissien, si kitsch, si neuf, peut se multiplier, comme la forme dans une toile de Viallat, pour remplir d’espace. Le combler non pas comme le font les funèbres guerriers des sépultures impériales de la Chine ancienne, mais comme le scandent les cohortes d’urnes, de vases qu’aligne Allan Mc Collum dans les salles d’un musée défini comme tombeau et boutique de luxe. Ce cheval impavide nie toutes les représentations équestres depuis Le Bernin. Car il n’est pas le cheval rebelle de Marino Marini, ni celui tragique, cabré par la terreur, que maltraite Picasso. Il n’est pas, non plus, le cheval psychopompe noyant les âmes dans les tréfonds des ténèbres. Apollinien dans sa couleur solaire, il est impérieusement classique. Il moderne, pour employer le vocabulaire des architectes, les chevaux aux amples volumes qu’immobilise Uccello dans les infrangibles perspectives de ses batailles. Mais ce cheval descend en droite ligne des grands projets de statuaire équestre de Donatello et de Léonard. Les moules confectionnées par Assan Smati pour la réalisation de ses chevaux évoquent les dessins méticuleux des botteghe florentines. Ils supposent une attention intense portée à leurs tracés descriptifs, non pas dans un dessein appliqué d’imitation, mais de replacement, après les obligations normatives de la modernité, des grands projets artistiques composant le thésaurus où les artistes contemporains prélèvent thèmes et formes. Sans Yves Klein ou sans les expansions de César, les chevaux d’Assan Smati ne seraient pas comme ils sont, exhibant et modifiant si profondément les registres de la sculpture qu’ils en perturbent les énoncés et les productions les plus conceptuelles et minimalistes. Ils déplacent même les propositions de Jeff Koons dont ils semblent contester et contredire les signifiés parodiques. D’autre œuvres d’Assan Smati explicitent ce que les chevaux exposent de manière quasi narrative : l’obsession de remplir l’espace, de le contraindre, de fracturer son vide par l’intrusion de la monumentalité. Je pense à ces empilements de palettes qui pourraient se déployer à l’infini dans leur minimalisme brutal et raffiné à la fois, où se matérialisent, en les superposant en mille plateaux, la grille et les structurations orthogonales et conceptuelles de la modernité. Je veux dire celles des utopies totalitaires des avant-gardes. L’étagement des lits d’enfants misérables et déglingués d’Un Lit pour mes rêves oppose ainsi son bricolage au lissé du fini des chevaux. Cette sorte d’échelle de Jacob ne grimpe nulle part si ce n’est au bord du vide. Au risque du saut, sans le secours de Kierkegaard. Le registre de références qu’implique cette œuvre qui complète, corrige, banalise, remet à terre la symbolique équestre, s’il donne accès à l’iconographie ancienne ne renvoie qu’aux avatars dégradés et actuels du minimalisme. Mais en évitant les pièges des accumulations presqu’art brut de Thomas Hirshhorn. Assan Smati se place donc délibérément sur des territoires incertains, provisoires, ouverts plutôt aux signifiés des œuvres qu’à leur pouvoir décoratif. On pourrait cependant affirmer, tout aussi bien, qu’il joue, dribble, shoote, avec notre mémoire culturelle dans les ruines de l’art moderne. C’est là dans ces décombres que l’artiste peut alors dresser colonnes qui déclarent d’abord leur fonction : canalisations ! Colonnes creuses, donc fausses colonnes classiques, parodiques, mais si belles, si neuves, dans leur matière plastique, aseptisées en design parce que factices et inutiles. Comme si Assan Smati souhaitait ériger ce qui est couché, abattre et ruiner ce qui est dressé. Dans ce qui est empilé s’étale le cours des choses, se stratifient les flux des pensées, les suites de gestes répétés, dans le quotidien des vies des gens que l’histoire lamine. C’est ce qui se donne à voir dans ses sérigraphies se photographiques, mais qui ne laisse des êtres qu’une empreinte superficielle, une transparence, une trace, une empreinte sur du blanc. Comme si le réel, celui des massacres, des tumultes, allait nous perdre alors que viennent les soldats effacer nos enfances. Et leurs songes, leurs rêves éveillés, l’enchantement désormais arasé de ce royaume fugace, perdu, enseveli, que nous ne donnerions, s’il nous avait jamais été donné, que contre un cheval bleu…..

Bernard Ceysson